Architecture: Jamie Fobert, minimalisme inspiré

» Affiché par le nov 14, 2012 dans CHIC Rencontres

À partir de son quartier général de Londres, l’architecte d’origine canadienne, Jamie Fobert, nous entretient de choses et d’autres: Fort Henry, l’Iran, Givenchy… et ce qui l’a propulsé au rang d’architecte attitré des grandes maisons de couture.

Jamie Fobert

© James Anderson

Donatella Versace dit de son approche architecturale qu’elle est «contemporaine» et «rafraîchissante», le journal londonien The Independent qualifie son œuvre de «glaciale, dans le bon sens du terme», et l’originalité de la boutique de prêt-à-porter Givenchy qu’il a conçue à Paris — qui s’apparente plus à une galerie d’art qu’à un point de vente au détail — lui a valu le titre d’architecte attitré des grandes maisons de haute couture. Chic a réussi à attraper l’architecte canadien Jamie Fobert, à son bureau de Londres, ce qui est déjà un exploit en soi. Tout juste revenu de Paris et sur le point de s’envoler pour Bratislava, M. Fobert a pris le temps de nous parler de son enfance à Kingston, en Ontario, de son amour des beaux-arts, et de la manière dont il insuffle de la poésie et de la simplicité dans sa discipline de prédilection: l’architecture.

CHIC: Jamie Fobert, racontez-nous votre enfance au Canada.

Jamie Fobert : Je suis né à Kingston, en Ontario. Mon père est ingénieur métallurgiste — il s’intéresse à la science et à la technologie des métaux — et ma mère s’est consacrée à élever ses quatre enfants. Mes parents ont construit notre maison à Kingston. Nous y avons emménagé quand j’avais 11 mois et je ne l’ai quittée qu’au moment d’aller à l’université. J’ai eu une enfance heureuse et paisible.

CHIC: Quand vous êtes-vous senti attiré par l’architecture pour la première fois?

Jamie Fobert: Déjà enfant, j’aimais les arts, mais j’ai réalisé que j’avais un talent naturel seulement à l’adolescence, lorsqu’une excellente enseignante du nom de Ginny Stevens nous a demandé de réaliser un projet de design. Par la suite, ce n’est qu’à mon entrée à l’université que j’ai été en contact avec d’autres architectes.

CHIC: Vous avez entrepris vos études d’architecture au Canada, à l’Université de Toronto. Quel est l’édifice que vous admirez le plus au Canada?

Jamie Fobert: Pour payer mes études universitaires, j’ai travaillé pendant trois étés à Fort Henry, à Kingston. Je garde un souvenir vivace de sa construction massive en pierre et de sa conception utilitaire.

CHIC: Vous êtes un grand amoureux des arts. Quels artistes vous séduisent?

Jamie Fobert: Il y en a plusieurs, mais ceux qui ont eu la plus grande influence sur mon architecture sont le peintre danois Vilhelm Hammershoi (tableaux d’intérieur) et l’Italien Giorgio Morandi (natures mortes). Ces deux artistes s’efforçaient de créer une «immobilité puissante». La sculpture contribue également de façon fondamentale à ma compréhension de la matière et de la façon dont on peut lui donner vie. Les sculpteurs les plus marquants pour moi sont Eduardo Chillida, Isamu Naguchi et Donald Judd.

CHIC: Où assouvissez-vous votre goût pour les beaux-arts?

Jamie Fobert: Ma ville d’adoption, Londres, est un endroit où foisonne l’art. Les galeries Tate, avec leurs expositions qui se succèdent et qui touchent à tous les domaines, et les innombrables autres galeries de Londres en font une ville artistique très dynamique. On n’en a jamais assez.

CHIC: Selon vous, quel est le lien entre les arts et l’architecture?

Jamie Fobert: Pour moi, l’architecture à son meilleur parvient à refléter une intégrité sculpturale, une pureté de matière et de forme — des notions qui se rapportent toutes à la sculpture.

CHIC: Décrivez-nous votre cheminement artistique… d’où vous viennent vos idées et comment les matérialisez-vous?

Jamie Fobert: Je dois absolument prendre le temps de trouver un point de départ, en passant un bon moment sur les lieux d’un projet pour m’imprégner du contexte. Souvent, c’est le client lui-même qui me donne une piste au cours d’une conversation. Il s’agit de trouver le «thème» du projet.

Maison Kander

La maison Kander, l’un des projets résidentiels de Fobert.

CHIC: Quelle place occupent la lumière et la simplicité dans vos créations?

Jamie Fobert: Pour créer une architecture grandiose, il faut considérer la lumière comme un élément physique, un matériau de base. Lorsqu’on utilise la lumière comme une véritable substance, la simplicité et la poésie émanent tout naturellement de l’architecture.

CHIC: On décrit votre travail comme étant sobre, tout en produisant un effet viscéral. Cherchez-vous consciemment à produire cette impression ou cela vous vient-il naturellement… ou serait-ce un peu des deux?

Jamie Fobert: L’importance que nous attachons à la perception de l’espace, aux volumes et aux surfaces se traduit automatiquement par une architecture à la fois discrète et percutante. L’architecture à son meilleur paraît évidente et simple… mais ce n’est jamais simple.

CHIC: Vous vous déplacez énormément actuellement. Avez-vous voyagé dans votre jeunesse?

Jamie Fobert: Nous sommes allés une fois en vacances familiales au Québec et dans les Maritimes, et plus tard nous avons fait la grande traversée du Canada, de Kingston à la Colombie-Britannique, pour revenir par les États-Unis. Un voyage formidable.

CHIC: Et quelles sont vos destinations favorites?

Jamie Fobert: Ces trois dernières années, je me suis beaucoup baladé dans le monde islamique: au Maroc, en Égypte, en Jordanie, en Syrie, au Liban, en Iran et tout récemment à Jérusalem. Je suis fasciné par l’architecture islamique et j’ai particulièrement apprécié mon séjour d’un mois en Iran. Leur architecture est monumentale et en même temps très informelle, presque banale, avec des ornementations raffinées et splendides. Mais en Iran, plus encore que les constructions magnifiques, ce sont la bonté et la générosité du peuple qui m’ont marqué.

CHIC: Qu’avez-vous rapporté en souvenir?

Jamie Fobert: Un vieux bol en métal gravé d’inscriptions que j’ai acheté au bazar d’Ispahan à un vieillard, un personnage captivant.

Selfridges

© Sue Barr
Le design architectural de Fobert des Shoe Galleries du célèbre magasin londonien Selfridges est louangé par la critique.

CHIC: Depuis votre installation à Londres, quel projet a une place spéciale dans votre cœur?

Jamie Fobert: J’adore mes projets artistiques et commerciaux, mais ce qui me comble le plus, c’est la conception d’habitations pour mes clients. Il y a une dimension profonde dans l’acte de créer un espace de vie pour quelqu’un.

CHIC: On vous a récemment surnommé «l’architecte attitré des grandes maisons de haute couture». Que pensez-vous de ce qualificatif?

Jamie Fobert: Je n’en savais rien! Il est vrai que nous avons accompli des choses extraordinaires pour Givenchy, Versace et Selfridges. Mes collaborations avec ces entreprises ont été très gratifiantes. J’ai pu expérimenter et jouer avec la matière d’une manière différente, que les autres types d’édifices ne permettent pas. Ces projets sont une heureuse diversion au travail plus circonscrit que nous effectuons en studio.

CHIC: Au sujet de votre collaboration avec Givenchy, vous avez expliqué que le but était de créer un espace qui n’évoquait pas le commerce de détail.

Jamie Fobert: Ricardo Tisci, le directeur artistique de Givenchy, a fait appel à nous en raison des projets artistiques antérieurs de notre cabinet et de notre intérêt commun pour les œuvres d’artistes contemporains. Nous avons réussi à concevoir un endroit qui ressemblerait à une salle d’exposition pour sa collection plutôt qu’à un magasin, et nos autres projets d’établissements commerciaux s’inscrivent dans cette continuité.

CHIC: Sur quoi planchez-vous en ce moment et quel est l’aspect de ce projet qui vous emballe?

Jamie Fobert: Nous construisons une annexe à la galerie d’art contemporain de l’Université de Cambridge, qui s’appelle Kettles Yard. L’édifice actuel, bâti dans les années 70, abrite un espace merveilleux et délicat fait de matières et de volumes superbes. C’est un grand honneur de pouvoir ajouter une nouvelle section à cet édifice patrimonial.

CHIC: Merci, Jamie Fobert, de nous avoir accordé de votre temps.

Par Lori Knowles

Tiré du magazine CHIC par Germain, numéro 2

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